Œcuménisme, dialogues inter-religieux et fondamentalismes
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Compte-rendu du colloque par le père Andriy Doudtchenko de l’Eglise Orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou
Les participants du colloque international ont discuté des problèmes du dialogue inter-religieux et du fondamentalisme
23 avril 2007
Du 20 au 23 avril, à Lviv, a eu lieu un colloque international sur « Œcuménisme, dialogue inter-religieux et fondamentalismes », organisé par l’Institut d’Etudes Œcuméniques, l’Université Catholique d’Ukraine, l’Ambassade de France en Ukraine et le Conseil Œcuménique des Eglises. Selon le directeur de l’Institut d’Etudes Œcuméniques, Antoine Arjakovsky, le but du colloque était de distinguer le dialogue inter-religieux du « dialogue séculier des médias ». La question du dialogue inter-religieux devient d’une grande actualité dans le contexte de l’intégration euro-atlantique de l’Ukraine. « Le mythe de la civilisation comme facteur de guerre, c’est-à-dire la croyance dans une guerre inéluctable entre la civilisation islamique et la civilisation chrétienne, n’en finit pas de progresser dans les consciences de notre village global », - a dit A.Arjakovsky.
Institut d’Etudes Œcuméniques Université Catholique d’Ukraine Ambassade de France en Ukraine Conseil Œcuménique des Eglises
Au travail du forum ont participé des représentants de diverses confessions ukrainiennes ainsi que des invités de l’étranger. Parmi ces derniers étaient le Secrétaire général du Conseil Œcuménique de Finlande, le père Heikki Huttunen, le Directeur de l’Œuvre d’Orient et expert du « problème libanais » Mgr Philippe Brizard, le responsable de la Commission Foi et Constitution au Conseil Œcuménique des Eglises le dr. Tamara Grdzelidze, l’inspecteur des Finances, fondateur de l’association Démocratie et Spiritualité Jean-Baptiste de Foucauld. Parmi les participants ukrainiens étaient le recteur de l’UCU le père dr. Borys Gudziak, le vice-recteur de l’UCU, homme public Myroslav Marynovych, le directeur de l’Institut du droit canon de l’UCU le protopresbytre Mykhaylo Dymyd, le rédacteur principal du site Internet « Orthodoxie en Ukraine » le père Andriy Doudtchenko et le député du Parlement de l’Ukraine, adjoint du président Medzhlis du peuple tatar de Crimée Refat Tchoubarov. Est aussi venu au colloque l’archevêque de Lviv-Galytch Augustin (Markevych) de l’Eglise Orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou.
Mgr Augustin a insisté sur le côté pratique de l’œcuménisme : « Je pense que maintenant nous devons parler de la dimension pratique. J’insiste sur cet aspect car j’ai de l’expérience sur la communication à différents niveaux non seulement avec les protestants et les catholiques mais aussi avec les musulmans et les juifs. Nous devons abandonner le romantisme et le lyrisme théologiques et penser comment nous pouvons survivre à l’époque des cataclysmes terribles ».
Le travail du colloque a commencé par une discussion du document « La nature et la mission de l’Eglise » publié en février 2006 par la Commission Foi et Constitution du Conseil Œcuménique des Eglises. La responsable de la Commission Tamara Grdzelidze a présenté le document et les réactions à son sujet de diverses Eglises chrétiennes. Selon Tamara Grdzelidze en ce moment le mouvement œcuménique traverse une période de crise : « Il faut poser la question : à quelle unité aspirent les Eglises ? Pour l’instant on n’a pas trouvé de formule unique de l’unité entre les Eglises ». Récemment l’Eglise Orthodoxe de Géorgie et l’Eglise Orthodoxe de Bulgarie ont quitté le Conseil Œcuménique des Eglises. Il existe maintenant au Conseil Œcuménique des Eglises une commission pour les questions ecclésiologiques où trente pour cent des membres sont des orthodoxes. Il faut examiner à quel point les participants du mouvement œcuménique sont ouverts aux autres Eglises pour les reconnaître comme Eglise.
Puis des représentants de l’Eglise Orthodoxe et de l’Eglise Gréco-Catholique d’Ukraine ainsi que l’évêque de l’Eglise Pentecôtiste ont exprimé leur vision sur ce document. Le directeur de l’Institut du droit canon de l’UCU, le protopresbytre Mykhaylo Dymyd, a présenté quelques points discutables du document du COE tels que l’importance de la succession apostolique dans l’Eglise, la place du Baptême et de l’Eucharistie etc...
Le père Andriy Doudtchenko a présenté le point de vue orthodoxe sur le document du COE ; il a notamment parlé des « caractéristiques essentielles » de l’Eglise, son union, sa sainteté, sa catholicité et son apostolat. Selon le père Doudtchenko l’Eglise vit aujourd’hui une crise de catholicité. D’un côté, cela s’exprime par un caractère trop « ethnique » surtout dans les paroisses de la diaspora, d’un autre côté – par le manque de diversité au sein d’une Eglise Locale. L’Eglise doit être « tout pour tous » mais tous les chrétiens qui habitent sur un territoire doivent former une communauté eucharistique unique et ne pas se diviser en églises parallèles selon des marques nationale, éthnique, linguistique, culturelle ou politique.
Le point de vue protestant sur le document du COE a été présenté par le dr. Vasyl Boyetchko, évêque des chrétiens-pentecôtistes. « Ce document a le droit d’être une source d’inspiration pour un retour au dialogue », - a-t-il dit.
Le forum a continué par la discussion des questions du dialogue inter-religieux. Dans son intervention le directeur de l’Institut d’Etudes Œcuméniques de l’UCU et dr. Antoine Arjakovsky a présenté le point de vue orthodoxe sur l’islam. En se référant aux théologiens connus comme Vladimir Soloviev, Georgiy Florovski et Olivier Clément il a souligné la nécessité de la collaboration entre des fidèles des deux religions dans la lutte contre les fondamentalismes séculiers et religieux. L’adjoint du président de Medzhlis des Tatars de Crimée Refat Tchoubarov a proposé de mettre à la base du dialogue inter-religieux, en particulier entre les chrétiens et les musulmans, les questions de la morale : « Le dialogue entre des personnes de différentes confessions et nationalités sur des questions de la morale unit la société ».
Non moins intéressante a été l’intervention de Mgr Philippe Brizard qui a parlé des souffrances des chrétiens arabes au Proche Orient.
Le père Heikki Huttunen a parlé du dialogue entre les orthodoxes et les Eglises non-calcédoniennes ou Orientales. On appelle ainsi les Eglises Orthodoxes d’Orient qui n’ont pas accepté le IV Conseil Œcuménique. Parmi ces dernières les Eglises Arménienne, Copte, Ethiopienne, Assyrienne et autres. Le père Heikki Huttunen a dit qu’en effet les différents systèmes théologiques terminologiques adoptés par les Eglises Orthodoxes et Orientales expriment la même foi en Jésus-Christ, le vrai Dieu et le vrai Homme. Le père Heikki Huttunen a ajouté que dans le dialogue avec les Eglises Orientales aide le fait que l’enseignement de chaque partie s’exprime en une seule langue (l’anglais). Mais la question de l’union est compliquée par les facteurs historique et national : les grecs et les coptes se souviennent des divisions comme si elles avaient eu lieu hier. Cependant au Liban il existe la pratique de la communion eucharistique au niveau des paroissiens orthodoxes et non-calcédoniens depuis 15 ans. Les études de la foi des Eglises Orientales et de leur christologie doivent mener à la communion s’il existe l’unité sur des questions de principe. L’intervenant a rappelé les paroles du métropolite grec Meletiy prononcées dans les années 60-70 du siècle passé : « C’est un péché d’être en communion avec les hérétiques mais c’est aussi un péché de ne pas être en communion avec les orthodoxes ».
Outre les interventions au colloque il y avait des discussions, beaucoup de temps libre pour faire connaissance personnellement et les dialogues informels entre les participants, des voyages dans la ville et ses environs.
L’Institut Etudes Œcuméniques de l’UCU, l’organisateur du colloque, prévoit d’autres colloques. Ce colloque est le troisième colloque. En 2005 s’est tenu un colloque consacré à l’amitié comme valeur œcuménique, en 2006, sur « Radical Orthodoxy : Une réponse chrétienne à la culture post-moderne ».
Père Andriy Doudtchenko, Eglise Orthodoxe Ukrainienne, Kiev, Patriarcat de Moscou
(avec l’utilisation des documents du service d’information RISU)