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Le Christ Notre Pâques

 

Nouveaux martyrs d'UkraineSang des martyrs, Semence d'Eglise

Colloque du 30e anniversaire de la Revue L'Eglise dans le Monde organisé par l'Aide à l'Eglise en Détresse de France et l'Université Catholique de Lviv (Ukraine)

  • Samedi 24 avril 2004
    Saint-Michel de Picpus - PARIS
  • Vendredi 7 mai 2004
    Université Catholique d'Ukraine - LVIV

"Par leur exemple, ils nous ont montré et comme aplani la route de l'avenir"
Jean-Paul II

 
// cronicles.fr //

Un colloque théologique international sur le catéchisme de l’Eglise Gréco-Catholique d’Ukraine intitulé « Le Christ – notre Pâques » organisé par l’Institut de la Cathéchèse s’est déroulé du 11 au 15 avril 2005.

Madame Lioussia Victoroff, responsable de l’organisation en France des camps d’été pour les jeunes de l’Association Chrétienne des Etudiants Russes ( Paris, Patriarcat de Constantinople) ayant participé à l’élaboration en français du catéchisme orthodoxe « Dieu est vivant » sous la direction du père Cyrille Argenti, est venue faire une communication sur la catéchèse orthodoxe en France.

« Monseigneur Antoine de Souroje avait, dans l’une des préfaces au catéchisme écrit : c’est avec joie que je salue l’apparition d’un catéchisme…, une profession de foi qui s’adresse à tous ceux qui sont en quête de l’Absolu. Je trouve cette définition du livre extraordinaire. En effet ce livre « Dieu est vivant », ne nous apprend pas des définitions, ne nous présente pas des réflexions théologiques, ne nous apprend pas à vivre saintement…, mais nous présente le Christ et son œuvre de salut. Il nous fait connaître le Christ, le Fils du Dieu vivant, pour que nous puissions le reconnaître dans nos vies. » ...


Antoine Arjakovsky m’a demandé de vous parler de l’expérience de l’écriture du catéchisme orthodoxe : « Dieu est vivant », mon premier mouvement a été de refuser car je n’ai pas moi-même participé à cette aventure même si maintenant je fais partie de l’équipe et si j’ai participé ensuite à l’écriture de fiches catéchétiques sur divers sujets A.T. sacrements fêtes du Christ etc…, mais cela s’est fait après la mort de père Cyrille. Antoine a un peu insisté et j’ai accepté. Je me rends compte maintenant que peut-être cela est un atout car je me suis renseignée auprès des uns et des autres je peux faire une synthèse plus facilement et en plus je également évaluer plus facilement le travail accompli.

Dans cette petite présentation, je vais en
I) vous présenter les conditions dans lesquelles a été conçu ce catéchisme ;

II) vous présenter la personnalité de la personne qui en a été le principal artisan

III) comment il a été élaboré et finalisé ce travail

IV) Enfin présenté le livre et faire quelques commentaires

I) « Catéchèse orthodoxe » est, pour la plupart des orthodoxes français, une collection de livres publiés aux éditions du Cerf, collection qui a pour but d’aider à la catéchèse des enfants. Le plus connu de ces livres est « Dieu est Vivant » catéchisme pour les familles.

Derrière cette collection il y a une association de personnes qui porte le même nom et qui ont été des catéchètes qui le sont ou qui sont intéressés par la catéchèse. Il faut avouer que l’équipe n’est pas très nombreuse, mais les orthodoxes ne sont pas très nombreux en France et les orthodoxes francophones encore moins.

On peut se demander pourquoi le besoin s’est fait sentir de publier cette collection ? En fait, je peux dire que trois facteurs ont participé à l’aboutissement de ce travail.
D’abord, au début de l’émigration ce sont les prêtres qui faisaient la catéchèse dans les paroisses, mais les prêtres sont devenus de moins en moins nombreux car les fidèles ne pouvaient plus assurer leur vie matérielle, et beaucoup des prêtres plus jeunes ont commencé à travailler pour assurer leur quotidien et sont donc devenus beaucoup moins disponibles. Il a fallu faire appel à des personnes plus disponibles et ce sont des mères de famille qui ont assuré la catéchèse. Elles devenaient donc catéchètes sans avoir aucune formation particulière, et sans avoir d’outils, en français, en tout cas dont elles auraient pu se servir.

D’autre part, il y avait aussi beaucoup d’orthodoxes disséminés dans toute la France qui n’avaient pas d’église orthodoxe près de chez eux, qui allaient donc rarement à la liturgie et encore plus rarement, on peut dire jamais, aux offices des vêpres ou matines et qui ne recevaient donc pas tout le contenu théologique et catéchétique qui se trouve dans les textes. Une association, la Fraternité Orthodoxe qui regroupe des personnes des différents patriarcats présents en Occident a donc commencé à envoyer des feuillets pour aider ces familles à apprendre la foi orthodoxe à que c’est fait le travail, mais c’était une petite équipe de catéchètes de deux paroisse francophones la paroisse de la Sainte Trinité la Crypte de la cathédrale Saint Alexandre de la Néva et une paroisse du patriarcat de Moscou la paroisse Saint Geneviève, Notre Dame des Affligés, qui a pris ce travail en main. Y participait entre autres Catherine Aslanoff, fille de Vladimir Lossky qui pour cela a mis par écrit ses cours de catéchèse, Jean Tchékan. qui a créé le SOP Service Orthodoxe de Presse et peut-être d’autres mais je ne connais pas bien l’histoire de ce travail là.

Et enfin, il y a eu à cette époque un cours de pastorale organisé à l’Institut Saint-Serge pour des personnes qui se préparait à la prêtrise ou au diaconat. (L’institut est en général un institut de théologie ce n’est pas un séminaire il n’y a donc pas de cours de pastorale). Dans le cadre de ces cours de pastorale c’est père Cyrille Argenti qui avait été invité pour enseigner au groupe la façon de faire la catéchèse aux enfants, pour signaler les difficultés, la manière de susciter l’intérêt des gamins et le contenu qu’il était indispensable d’inclure dans ces cours. Après un ou deux de ces cours qui avaient généralement lieu le vendredi soir, Vsevolode Gousseff qui faisait partie du groupe, avait pensé qu’il serait certainement utile de faire profiter de cette formation les « dames catéchètes » de St Victor et de la Crypte. Il en a donc parlé au père Cyrille qui accepta cette proposition avec joie, même si quelques messieurs firent grise mine.
L’histoire en fait ne fait que débuter. Car une fois cette formation terminée, père Cyrille entreprit un cours sur le livre d’Isaïe, qu’il affectionnait entre tous et qu’il appelait le 5ème évangile insistant sur les thèmes du Chant de la vigne et du Serviteur souffrant. Pendant un certain temps, il fit ces cours dans l’Institut d’études Slaves et ensuite dans l’appartement des Aslanoff. Le nombre des auditeurs était assez important au début car père Cyrille était un bon orateur et savait aller à l’essentiel, et faisait vivre le sujet qu’il développait.

II) Il est temps que je m’arrête un peu sur la vie et la personnalité du principal acteur de cette aventure, de père Cyrille Argenti.

Sa vie brièvement : 24 octobre 1918 -21 novembre 1994 (76 ans)

- Il est né à Marseille d’une famille grecque très aisée, originaire de l’île de CHIO
- Il fait des études de Philo à Aix puis à Oxford
- Il rentre dans la résistance durant la deuxième guerre mondiale (sous les pseudonymes de François puis de Christian) et fait 14 mois de maquis dans les Alpes de Hte Provence après avoir été fait prisonnier par la Gestapo et s’être évadé de façon rocambolesque avec la complicité d’un capitaine de gendarmerie qui lui avait permis de s’emparer de son pistolet et de se faire tirer sur le bras
- Après la guerre il va suivre une licence de théologie à la Faculté d’Athènes
- Il reçoit la tonsure monastique au monastère de LONGOVARDA (île de Paros)
- Il est prêtre à Marseille de 1950 à 1994
- Et pour ce qui nous intéresse dans les années 70 père Cyrille a entrepris avec une équipe de fidèles l’élaboration et la rédaction d’un catéchisme des famille publié en 1979.

Je vais vous présenter là quelques traits d’après ce que père Cyrille disait de lui-même. Père Cyrille est né dans une famille grecque orthodoxe, orthodoxe un peu par tradition, vraiment très peu pratiquante. C’est sa grand-mère qui l’emmenait communier une fois par an quand il était enfant et lui faisait lire la liturgie tous les dimanches à la maison. C’est dire que la conscience religieuse n’était pas très forte dans sa famille, néanmoins il parlait de sa mère avec beaucoup de respect car disait-il elle était une très pédagogue (elle va transmettre ce trait à son fils) et elle avait un sens moral très élevé. Il disait que jamais il ne l’avait entendu mentir. La foi et la prière lui ont été apprises par sa gouvernante catholique. Quand vint l’adolescence se posa comme chez tous les jeunes, la question de l’existence de Dieu. Père Cyrille a toujours dit qu’il fit à ce moment-là le pari de Pascal, je ne sais pas si ce pari est connu jusqu’en Ukraine, mais en deux mots il peut se résumer ainsi : « Si Dieu existe, il faut que je vive comme Il le demande, et j’ai tout intérêt à croire en Lui. Si Dieu n’existe pas je ne perds rien à croire en Lui, et à vivre comme s’Il existait ». Et père Cyrille a fait ce pari très sérieusement puisque cela l’a mené à la prêtrise et au monachisme. Il faut dire que si au début son attitude a été seulement intellectuelle, sentimentale comme il le disait, très vite après il vécut des expériences qui le confortèrent dans cette idée que Dieu existe et qu’il agit dans notre vie due Dieu est un Dieu vivant. Il a eu dans sa vie des expériences fortes, je ne sais pas si elles étaient plus fortes chez lui que chez les autres car tout croyant a l’expérience de la présence de Dieu à certains moments de la vie. Mais lui ses expériences, il les vivait jusqu’au bout et voulait en faire profiter les autres.

Au début de son sacerdoce, il rencontra un vieux prêtre catholique qui lui donna ce conseil ; « Quand tu seras en paroisse, occupe-toi d’abord des jeunes et des vieillards, et le reste suivra ». Et père Cyrille prit ce conseil à la lettre, il organisa à Marseille une maison de vieux, maintenant en France il existe des minima de ressources, au temps de la jeunesse du père Cyrille il n’y avait rien et les personnes âgées n’avaient aucune ressource, personne ne s’en occupait et leurs conditions de vie était très très précaires. Comme d’habitude il s’est appuyé sur la providence divine qui ne lui a pas fait défaut. Il avançait même quand il manquait des moyens pour faire les choses et disait toujours Dieu y pourvoira. Il s’est occupé aussi de jeunes : il a organisé une association de jeunesse la JOM qui organisait des camps de vacances ; où pouvait s’inscrire n’importe qui et surtout ceux qui n’avaient pas de ressources financières. Donc des cas sociaux difficiles avec des jeunes en révolte, moi qui ai organisé des camps de jeunes je peux vous dire par expérience que ce que faisait là le père Cyrille est un véritable exploit. Son but était de faire découvrir aux jeunes que le Christ est réellement ressuscité, que le Christ est vivant.

Il raconte dans un de ses exposés comment sa vie a été faite de découvertes successives de la foi chrétienne et de la tradition orthodoxe. Il a assisté à la première veillée pascale déjà adulte et c’est à 30 ans qu’il a découvert l’office des vêpres. Ceci explique peut-être qu’il ne se soit jamais laissé aller au train train, il a toujours vécu très intensément la vie liturgique et la liturgie eucharistique.

Il y a eu au mois de novembre, pour les dix ans de sa mort, un petit colloque à Marseille à la mémoire du père Cyrille et j’ai envie de partager avec vous certaines des paroles dites en sa mémoire :

D’abord le témoignage d’une de ses paroissienne :Simone Boullenger :

Père Cyrille, dans son monachisme, vivait sous le regard de Dieu « seul face à Dieu seul » comme il disait et agissait non pour ce qu’on pouvait penser de lui, non pour l’opinion des autres, mais selon ce qui lui semblait être la volonté de Dieu

Père Cyrille était d’une disponibilité totale, c’est ce trait qui explique le mieux sa relation avec chacun : c’est grâce à cette disponibilité que père Cyrille a pu entreprendre et mener jusqu’au bout tant et tant d’actions et de réflexions.

Et encore Comme chaque fois (c’était à propos de la construction de la maison de vieux) à côté de l’aide sociale il y a l’aide spirituelle.

Père Cyrille implique ceux qui sont autour de lui, leur fait donner le meilleur d’eux-mêmes.

Ensuite le témoignage d’un pasteur, le pasteur Michel Bertrand :

Fidélité et liberté. Deux mots qui ont du mal à vivre ensemble dans notre culture moderne, où l’on considère que pour vivre et goûter pleinement la première on ne doit pas se laisser lier par la seconde. Ces deux mots souvent vécus aujourd’hui comme contradictoires, le Père Cyrille, lui, les a conjugués sur tous les modes et par tous les temps. Pour relever un tel défi, qui va à contre-courant des dérives contemporaines, il s’appuyait sur la promesse du Dieu fidèle qui toujours appelle à la liberté.

Maintenant après avoir très rapidement évoqué la vie et la personnalité du père Cyrille je vais évoquer devant vous la façon dont le travail s’est effectué.

III) J’ai dit plus haut que le père Cyrille avait entrepris d’étudier, d’expliquer le livre du prophète Isaïe après avoir terminer le cours sur la catéchèse. L’étude du livre du prophète Isaïe se fit déjà dans un autre cadre que l’Institut saint Serge faisait le plein comme je l’ai dit plus haut car père Cyrille était un bon orateur et un bon pédagogue. Et lorsque cette explication arrivait à sa fin et comme il y avait beaucoup de catéchètes dans le groupe, il proposa de réaliser un projet qu’il mûrissait depuis longtemps: écrire un catéchisme pour les orthodoxes de langue française. Je pense qu’il avait déjà des idées bien précises dans la tête. C’est en tout cas ce que m’ont dit les personnes qui ont participé à ce groupe à ce moment-là. Mais cela ne l’empêcha pas de recourir à cette façon de travail en commun. Ce groupe donc qui écoutait ses explications sur Isaïe était composé de personnes très diverses. Père Cyrille leur a proposé assez rapidement de collaborer à la rédaction d’un ouvrage qui n’avait pas encore de titre, mais dont il avait le plan dans la tête, et qu’il exposa avec beaucoup de clarté et beaucoup de passion.

Il pouvait enfin réaliser son idée de livre. Ce qui est symptomatique c’est qu’il l’a proposé à tous ceux qui suivaient ses cours, il n’a choisi personne, il l’a proposé aux hommes et aux femmes, aux jeunes et aux vieux ; il n’a pas fait attention à l’age des personnes qui étaient devant lui, il n’a pas fait attention à leur « niveau » d’études, ni à leurs compétences. Toutes les personnes pouvaient s’impliquer dans ce travail. Tout de suite il y eut un esprit de confiance, ouvert, démocratique, mais peu à peu l’équipe s’est rétrécie car le travail à effectuer était réel et le groupe de fidèles qui 5 ans après ont fêté la parution du livre était constitué de 8 personnes sans compter le P. Cyrille : Jacques et Paula Minet, Vsevolode et Danielle Gousseff, Catherine Aslanoff, Nina Mojaïsky, Irène Schidlovsky et Sophie Lossky qui beaucoup plus jeune que le reste des participants s’est aggrégée si j’ai bien compris en cours de route. Le groupe se réunissait une fois par mois toujours chez les Aslanoff, le rythme était donnée par les visites qu’effectuait père Cyrille à son évêque habitant Paris.

Je répète donc qu’en fait le plan du livre n’a lui jamais été discuté par les personnes qui ont écrit les textes, c’est le père Cyrille qui présenbtait le travail à faire au fur et à mesure que l’ouvrage avançait. Voilà comment l’une des participante m’a décrit le travail.
« Le plan de l’ouvrage dans son ensemble ainsi que le plan de chacune des parties qui le comportent (7 en tout) vient entièrement de P. Cyrille et n’ont jamais été discutés. Par contre, il nous en a fait un exposé détaillé à chaque fois que c’était nécessaire, au tout début, et ensuite lorsqu’on abordait un nouveau chapitre, la démarche de base étant toujours la même : à partir d’un événement de la vie du Christ voir sa préfiguration dans l’Ancien Testament et comprendre sa signification salutaire à partir du Nouveau Testament et telle que l’Eglise l’exprime dans sa liturgie.

Le choix du travail de chacun survenait en général après un de ces exposés du P. Cyrille. La répartition se faisait de façon assez naturelle et je ne me souviens pas qu’il y ait eu des conflits à ce sujet. Il arrivait que certains expriment immédiatement le désir de traiter tel sujet parce qu’il se sentait plus inspiré pour le faire. Les autres se répartissaient ce qui restait à faire sans problème. En gros, chaque travail individuel correspond à un élément (A, B, C) d’un chapitre d’une des 7 parties. Pour ce travail individuel, selon le cas, P. Cyrille donnait plus ou moins de directives et indiquait les bases scripturaires. »

Lorsque le travail était terminé la fois suivante, tout était relu en présence de tout le monde, chacun donnait son avis, et l’on donnait les indications pour les corrections, et tant que tout le monde ne donnait pas son accord pour une version définitive, il fallait reprendre l’ouvrage.

Je vous cite les mots d’une autre des participantes à l’occasion de ces séances de révision des textes

« Chacun travaillait sur un sujet qui était lu et retravaillé tous ensemble à une réunion. P Cyrille « l’âme » de ce travail ne faisait pas sentir sa supériorité intellectuelle (études de philo à Oxford et de théologie à Athènes), il écoutait chaque personne avec beaucoup d’attention, relevant avec charité les erreurs et les faiblesses, lui-même se laissait remettre en question avec humilité si les arguments lui paraissaient vrais, orthodoxes… Tout en étant autoritaire de caractère, il savait très bien écouter l’autre et le guider dans ses projets, lui laissant une réelle liberté de composition et d’expression. De l’attitude du P Cyrille dans ces réunions se dégageait une impression de force donnée par une adhésion totale à la Vérité. »
On voit donc que le travail se faisait sous la houlette et les directives du père Cyrille, qu’il menait en quelque sorte les débats mais se soumettait à la règle générale : tant que tout le monde n’était pas satisfait il retravaillait son texte, mais, toutefois il s’est réservé le travail sur l’Église et la Liturgie.

La répartition des thèmes, à chaque nouveau chapitre, se faisait d’après les participants, d’une manière assez naturelle, sans conflits. Il arrivait que certains expriment immédiatement le désir de traiter tel ou tel sujet parce qu’il se sentait plus inspiré pour le faire. Les autres se répartissaient ce qui restait à faire sans problème. En gros chaque travail individuel correspondait à un élément (A.B.C.) d’un chapitre d’une des 7 parties. Bien sûr les qualités de chacun étaient exploitées et sans qu’il y ait de hiérarchie dans le groupe, certaines personnalités ont joué un rôle plus important, les uns par leur connaissance plus pointue des Écritures ou de la Liturgie d’autres par l’âge et la sagesse jouait un rôle plus de réconfort.

Mais pour pouvoir donner une unité à tout l’ouvrage, il y a eu deux périodes de travail en commun qui ont chacune duré une semaine et qui ressemblait à des retraites où les personnes ne faisaient que cela. C’est-à-dire qu’elles étaient déchargées de tout soucis d’intendance. C’était un travail de finition. La 1ère de ces sessions a eu lieu en août 1997 dans le sud de la France. Et l’autre chez des Dominicains avec l’aide d’un bibliste de l’école de Jérusalem qui veilla à ce qu’il n’y ait pas d’erreurs exégétiques. Cela a été un travail intense pour terminer l’ouvrage, travail à la fois de révision de réglage de certains détails et d’avancées dans ce qui restait à faire. Voilà ce qu’en dit une des participantes « Durant les retraites ou périodes bloquées que nous avons dû faire vers la fin, il nous arrivait de travailler jusqu’à minuit sans éprouver de fatigue car père Cyrille nous communiquait son énergie et nous étions sous le charme »

IV) Je vais enfin aborder la dernière partie, l’étude du livre lui-même, l’étude du résultat de ce travail.

D’abord l’intitulé déjà n’est pas banal « Dieu est vivant » catéchisme pour les familles, par une équipe de chrétiens orthodoxes.En russe les catéchismes s’appelle « Loi de Dieu » et à cet époque était écrit pour que des professeurs puissent s’en servir pour des cours donnés à leurs élèves. C’est là que l’on voit le caractère et la pédagogie du père Cyrille. Il faut tout de suite aller à l’essentiel et transmettre non pas un enseignement mais provoquer une rencontre. C’est Dieu que l’on met devant le lecteur et non pas sa loi ! On voit là toute la liberté que père Cyrille prend par rapport aux habitudes. Il s’adresse également à des familles en fait à une petite communauté, à ce que l’on appelle parfois l’église au foyer (l’un des titres de la collection de Catéchèse orthodoxe s’appelle ainsi). Et ce catéchisme est écrit par une équipe c’est-à-dire une petite communauté. Même si le père Cyrille s’est réservé certains chapitres, l’ouvrage est un travail d’équipe un travail conciliaire. C’est aspect de conciliarité était très important pour père Cyrille, il explique qu’il a eu au cours de sa vie des expériences spirituelles où ce qui était auparavant une idée, une notion apprise, devenait soudain une révélation, une réalité vivante.

Voyons maintenant quel est le contenu du livre :

Le livre est divisé en sept parties qui conduisent de la Création à la Fin des temps, de - la Nativité de NS Jésus Christ au Deuxième Avènement. Chaque partie est centrée sur un événement majeur de la vie de Jésus : Nativité – Baptême – Transfiguration – Enseignement du Christ et annonce du Royaume – Croix et Résurrection – Mystère du Christ et de l’Eglise – Deuxième Avènement. L’ensemble retrace l’histoire du salut tel qu’il est annoncé dans l’Ancien Testament, réalisé en Christ et rendu possible dans la vie en Eglise.

En annexe se trouve une « initiation à la prière » avec un important commentaire du Notre Père.

Comme on le voit « Dieu est vivant » n’est pas écrit directement pour les enfants, il s’adresse néanmoins à un très large public comme l’indique le sous-titre. Il est à la fois une source d’information et de compréhension pour ce qui concerne les Ecritures, l’Eglise et la vie chrétienne ; Il permet d’aborder avec les jeunes presque tous les sujets et constitue à ce titre un outil précieux pour les catéchètes. Il est en tout cas centré sur le Christ et sur sa vie. On en revient à l’expérience spirituelle du père Cyrille qui un jour dans sa jeunesse a dû préparer un topo sur la résurrection, alors qu’il ne savait pas encore grand chose lui-même. Cela lui avait été demandé par un prêtre catholique je crois, car la spécialité des orthodoxes est la résurrection, c’est vrai que pendant longtemps le catholicisme mettait plus l’accent sur la Nativité et sur la Croix que sur la Résurrection. Et pour pouvoir répondre à cette demande, le jeune homme était entré dans une église et avait lu le récit de la Résurrection dans l’évangile de saint Jean. Et dit-il tout d’un coup il compris d’une manière très vivante que le récit était fait par quelqu’un qui avait été témoin de cette résurrection. Et la résurrection du Christ qui jusque-là était pour lui juste un récit devint tout à coup une réalité vivante. Le Christ était vraiment ressuscité ! Cette façon de présenter la foi chrétienne de transmettre la foi chrétienne, s’enracine dans la tradition orthodoxe, c’est pareil à ce qui est représenté sur l’iconostase, la suite des grandes fêtes et là nous voyons la fidélité du père Cyrille à la tradition de l’église. Un des témoignages dont je vous ai fait part disait bien de lui qu’il était fidèle et libre à la fois.

Comme je l’ai déjà dit « Dieu est vivant » n’est pas destiné directement pour les enfants il est destiné à des adultes mais sans formation particulière, il est simple et vivant, il permet à ces adultes d’approfondir leur foi et ainsi d’éduquer les enfants, on sent le souci de simplicité d’une simplicité qui n’est pas affadissement qui n’est pas appauvrissement de la foi. Et pour permettre cette simplicité le père Cyrille a eu l’idée prise je ne sais pas trop chez qui un père de l’église ou un catéchisme occidental d’introduire des questions posées par un enfant et donc obligatoirement simple et compréhensible par tout le monde. Mais une fois de plus on peut se rendre compte que la liberté a été donnée soit de se servir de ce moyen pédagogique soit de l’ignorer. La liberté des participants à l’élaboration du catéchisme est respectée. Par contre on voit une règle admise par tous et respectée, qui en fait n’est pas un simple moyen pédagogique mais peut être considérée comme une démarche de base : de partir d’un événement de la vie du Christ, essayer de voir sa préfiguration dans l’Ancien Testament et ensuite de comprendre toute sa signification dans l’œuvre de salut à partir du Nouveau Testament et voir comme l’Église l’exprime dans sa liturgie et même essayer ce que cet événement nous fait entrevoir de la vie future, du Royaume à venir. Faire cette liaison existentielle entre l’A.T et le Nouveau était une nouveauté dans la pédagogie de l’Église. Cette démarche il y a de grande chance qu’elle ait été empruntée à Jésus-Christ lui-même quand il entreprend d’expliquer aux disciples allant à Emmaüs ce qui lui est arrivé et comment les écritures c’est-à-dire l’Ancien Testament parlait de lui. Une fois de plus on voit ici la fidélité de ce livre à la tradition.

Une autre constatation dans ce catéchisme, ce livre où l’on découvre la religion chrétienne en général et orthodoxe plus particulièrement il n’y a aucune place pour la morale, les sacrements la vie de l’Église sont présentés comme le résultat direct et immédiat de la vie dans l’Esprit Saint. Après le chapitre sur l’Ascension et la Pentecôte on passe tout de suite au Jugement dernier avec la vision de la fraternité que nous devons ressentir envers nos frères et la justice que nous devons appliquer. Voir dans le moindre de nos frères le Christ lui-même. Ce sont toujours des paroles de vie. Là encore nous retrouvons l’action du père Cyrille qui a toujours appliqué cette règle. Il a aidé les juifs pendant la seconde guerre mondiale, (il a été inscrit dans le livre des justes) Il a accueilli les émigrés de toutes origines, voyant en eux le Christ . Écoutons une fois de plus le témoignage de l’une de ses paroissiennes. « l’aide au démunis l’occupe 80% de son temps. Il rappelait que notre éternité se joue en fonction de notre hospitalité ou de notre xénophobie. Reçoit l’étranger à ta table, tu reçois le Christ. Rejette l’étranger, tu rejettes le Christ. »

Et pour que ce catéchisme soit en réalité un livre qui nous permette d’entrevoir le Christ et de commencer une vie en Lui, le livre présente en dernière partie quelques prières et l’explication du Notre Père.

Que dire en conclusion. Monseigneur Antoine de Souroje avait dans l’une des préfaces au catéchisme écrit : c’est avec joie que je salue l’apparition d’un catéchisme…, une profession de foi qui s’adresse à tous ceux qui sont en quête de l’Absolu. Je trouve cette définition du livre extraordinaire. En effet ce livre « Dieu est vivant », ne nous apprend pas des définitions, ne nous présentent pas des réflexions théologiques, ne nous apprends pas à vivre saintement…, mais nous présente le Christ et son œuvre de salut. Nous fait connaître le Christ, le Fils du Dieu vivant, pour que nous puissions le reconnaître dans nos vies. Il nous dit aussi l’espace et le temps c’est-à-dire où et quand nous pouvons le trouver, il nous présente l’Église. C’est une présentation vivante, où l’essentiel est dit, où il y a une vision orthodoxe du salut, mais pas de vision subjective. C’est un livre qui laisse une grande liberté, car il met en présence du Christ mais nous laisse ensuite le découvrir tout seul dans nos vies. Ceci est important parce que nous avons alors une relation personnelle, vivante avec notre Seigneur, notre Dieu, elle est nôtre et non pas plaquée et nous n’aurons pas envie de nous en défaire. La transmission de la foi ne peut se faire que de personne à personne, par un témoignage vivant de ce genre.C’est à nous alors de construire notre foi et notre morale et le père Cyrille n’a jamais caché que la vie en Christ nous donnait des obligations, que nous devions si nous voulions suivre le Christ ne pas le perdre dans nos vies respecter une certaine morale, suivre une règle de vie, garder nos vies dans la pureté et la charité. Et je pense sincèrement qu’un travail comme celui-là a été possible grâce bien sûr grâce à la personnalité du père Cyrille, grâce à son dévouement, grâce à son ouverture et sa totale confiance dans le Seigneur, mais également grâce au fait qu’il a eu l’humilité de passer ses intuitions par le crible de la communauté ecclésiale en demandant à ce groupe de catéchètes de faire le travail avec lui. Cela a du coup été non pas le travail d’un seul homme mais le travail en église de tout un groupe de chrétiens qui se mettaient au service de Dieu.






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